La Covid-19 avec son cortège de conséquences, n’a pas uniquement secoué l’économie mondiale. Elle a eu et continue d’avoir un impact non négligeable sur la société, et les individus, toutes catégories confondues. C’est ainsi, que l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) et Plan international, fortes de leur engagement auprès de leurs communautés cibles depuis le début de la pandémie, ont décidé d’organiser un débat en ligne sur le thème « Covid-19, impacts sur les jeunes, les filles et les garçons », le mardi 16 juin 2020.
La particularité de ce débat réside dans le choix des organisateurs, d’en confier l’animation aux étudiants et aux jeunes activistes engagés pour la préservation des droits des enfants, des filles et des garçons. Ce, pour impliquer davantage cette catégorie de la population, particulièrement impactée par la pandémie, dans l’effort collectif de lutte contre celle-ci. Le débat a été modéré par Mme Barbara Thiané DIAGNE, Cheffe de la Division Coopération et Insertion professionnelle.
Ainsi, la cérémonie d’ouverture, conjointement présidée par le Directeur adjoint de Plan international, M. Kinvi Adodo AMOUSSOU et le Coordonnateur adjoint de l’UVS, M. Moussa Hamady SARR, a constitué un moment solennel, ayant permis de dresser le contexte et poser les bases d’un débat riche et fructueux.
Prenant la parole, M. AMOUSSOU n’a pas manqué de saluer cette initiative et démontrer sa pertinence. Je le cite : « Alors que la pandémie de la Covid-19 continue de se développer, ses effets socioéconomiques et politiques ont commencé à se faire sentir. Les jeunes, les jeunes filles et les jeunes femmes en situation d’insécurité économique et d’exclusion sont les plus touchées par ses répercussions, dont beaucoup ne sont pas encore visibles ». A l’en croire, ces effets sont susceptibles de réduire à néant les droits durement acquis sur l’égalité des genres et de créer des déficits à vie pour les jeunes de façon générale et plus particulièrement pour les filles.
Avec la mise en place de ce comité de surveillance, renchérit-il, composé de jeunes et de leaders communautaires, l’objectif est de toucher près d’un million neuf cent mille (1.900.000) personnes dans la région de Dakar, dont quatre cent quarante mille (440.000) filles et près de cinq cent mille (500.000) femmes ; et aller au-delà de Dakar, pour toucher mille cinq cent (1500) quartiers dans l’ensemble du Sénégal.
Monsieur SARR, quant à lui, a magnifié la continuité pédagogique en vigueur à l’UVS et relevé l’engagement des étudiants à travers l’organisation d’activités de services à la communauté et des contributions diverses qu’ils ne cessent d’apporter à travers leurs organisations (les bureaux des Espaces numériques ouverts et la Fédération des étudiants), sur l’ensemble du territoire national, pour impacter leurs communautés. Ils sont aidés en cela par la Direction des Espaces numériques ouverts (DENO) et la Direction du Développement et de la Coopération (DDC).
A leurs suites, des intervenants du coté de Plan international et de l’UVS ont relevé le caractère inédit et sociologique de cette pandémie, dans la mesure où elle met en branle un très grand nombre, voire la totalité des problèmes de la société et de ses institutions. Pour reprendre le Dr Absa GASSAMA, Cheffe de la Division de la Recherche, de la Valorisation et de l’Innovation à l’UVS. C’est une situation qui révèle la complexité de nos sociétés actuelles et du monde globalisé dans lequel nous vivons. Pour Mme Madina DIA, Conseillère en Genre et Plaidoyer à Plan international, les mesures de confinement, quoique nécessaires, ont des conséquences graves sur les femmes et les filles. D’où l’importance de se pencher sur la question.
Augmentation des inégalités sociales et celles liées au genre avec la pandémie
Ainsi, les étudiants et les jeunes activistes se sont prononcés tour à tour sur trois (03) volets à savoir l’éducation, la santé et les violences basées sur le genre (VBG).
Sur ces différents sujets, les jeunes ont dressé un tableau, sans équivoque : l’impact de la Covid-19 y est bien réel et mérite qu’on y prête une attention particulière. De plus, on note que les inégalités sociales et celles liées au genre s’accentuent davantage avec la pandémie.
C’est ainsi que dans les domaines de l’éducation, les jeunes ont évoqué, pour le dénoncer, la surcharge de travaux domestiques auxquels s’adonnent les filles, en appui à leurs mères, avant de passer à l’apprentissage de leurs leçons. A cela, s’ajoutent les difficultés d’accès aux dispositifs d’enseignements en ligne mis en place par le Ministère de l’Education nationale (MEN), faute d’une connectivité courante, ou de moyens pour en acquérir. Toutes ces contraintes dont s’inquiètent les jeunes panélistes concourent à une augmentation du taux de décrochage scolaire. Dans les familles, les garçons bénéficient de plus de temps pour les activités scolaires, créatives et récréatives ; et le confinement expose davantage les filles aux VBG, déplore Mme GASSAMA.
Même situation sur la santé et les violences basées sur le genre. Si pour le premier point, les jeunes panélistes révèlent des conséquences graves sur les enfants intellectuellement déficients qui constituent une couche très vulnérable face à la pandémie, la prise en charge de la santé sexuelle et de la reproduction est devenue plus difficile. D’où le risque plus accru d’exposition des filles à des grossesses non désirées.
En guise de recommandations, les jeunes, ainsi que leurs encadreurs de Plan international et de l’UVS se sont illustrés par des propositions fortes, allant dans le sens de la prise en compte des problématiques précitées, à travers la prise de mesures idoines, un plaidoyer constant, une approche participative et inclusive impliquant les leaders communautaires, y compris les « Badianou Gokh* ».
Pour clore ce riche débat, essentiellement animé par des jeunes, Monsieur Bell’Aube HOUINATOU, Directeur de Plan international Sénégal, qui a suivi le débat qu’il a jugé très édifiant, s’est dit satisfait de celui-ci. Après avoir félicité les équipes de l’UVS et de Plan international, il s’est dit très confiant par rapport au partenariat liant sa structure à l’UVS, lequel leur offre beaucoup d’opportunités. Par ailleurs, M. HOUINATOU est revenu sur l’accent particulier mis sur l’engagement de l’organisation qu’il dirige, dans le cadre de la riposte contre la pandémie de la Covid 19. Selon lui, les jeunes doivent y jouer un rôle de premier plan pour pouvoir porter le récit de cette résilience, de cette combativité aux générations à venir, non sans rappeler les défis quotidiens qui interpellent l’humanité face à cette pandémie, concernant notamment la préservation de la dignité humaine.
A sa suite, la Professeure Mame Penda BA, Coordonnatrice du programme « 100 mille étudiants contre la Covid 19 », a pris la parole. Selon elle, le Sénégal sera résilient lorsque le post Covid nous aura permis de résoudre tous les problèmes, de devenir une société plus juste et équitable pour les filles et les garçons. En somme, cette pandémie doit être saisie comme une opportunité.
Ce débat a été une belle occasion de donner aux jeunes l’opportunité de s’exprimer, de partager leurs points de vues et de proposer des solutions novatrices face aux problématiques abordées. Il démontre parfaitement que les questions qui les concernent intéressent les institutions organisatrices ainsi que leurs partenaires. Avec les interventions de qualité des panélistes, l’espoir est permis, quant à la relève qui se prépare déjà. En guise de mot de clôture, Mme DIAGNE, a remercié et félicité tous les participants, et incité les jeunes à être actifs pour lutter contre la propagation de la maladie dans leurs localités respectives. C’est sur les sonorités d’une belle chanson d’artistes sénégalais, sensibilisant sur les mesures de protection contre le coronavirus, qu’a pris fin le débat.
Lexique :
*Badianou Gokh : femmes choisies dans les quartiers et communautés rurales pour leur leadership, pour accompagner les familles, l’Etat et les collectivités dans la sensibilisation sur certaines problématiques familiales, sanitaires et sociales.
Télécharger la version pdf de l’article
Garmy SOW
